Saint Arnoul

Portrait impertinent d’un saint local : Arnoul !

Osons la provocation ! Quel est le point commun entre le Centre-Pompidou-Metz, l’Oktoberfest et la Communauté de paroisses de Metz-Centre-ville ? Au risque de choquer certains, l’un des traits d’union entre ces trois éléments est un saint évêque de Metz, Arnoul. Avant de crier au blasphème, laissez-vous le temps de lire les lignes qui suivent et de découvrir que tout cela est beaucoup plus sérieux et « spirituel » qu’il n’y paraît…

Si vous avez fait partie des plus de 700.000 visiteurs de l’exposition inaugurale du CPM, peut-être avez-vous remarqué, parmi les 800 pièces offertes aux regards des visiteurs, le plus petit « Chef-d’œuvre » présenté[1] : une bague d’or et de cornaline, façonnée pour des doigts très fins, qui appartient au Trésor de la cathédrale de Metz dont elle constitue un des objets les plus anciens[2]. Datée du début du VIIe siècle, elle passe pour avoir appartenu à l’évêque de Metz, Arnoul. Si elle peut faire légitiment la fierté des Messins, ce n’est pas seulement pour sa valeur artistique et historique, mais bien plus par la légende qui s’y rapporte[3]. Cherchant à obtenir le pardon de ses péchés, Arnoul jeta son anneau dans la Moselle. La confirmation de son absolution lui vint le jour où il retrouva cet anneau dans les entrailles du poisson qu’on venait de lui servir à table. Peut-être que cette légende pourrait-elle éclairer le décor du chaton de cette bague : trois poissons gravés en intaille dont l’un pris au piège d’une nasse.

Les buveurs de bière, quant à eux, devraient rendre un hommage particulier à notre personnage puisqu’une seconde légende qui plus particulièrement les concerne, lui est attribuée[4]. Cette légende ne vient pas seulement compenser la sécheresse des sources historiques mais sut réjouir en son temps les gosiers assoiffés de toute une procession. Lors de la translation des reliques du saint homme de Remiremont à Metz, par de ferventes prières d’invocation à ses vénérables ossements, un tonneau de cervoise se révéla intarissable et put étancher la soif des porteurs du lourd reliquaire. Il n’en fallut pas plus pour qu’Arnoul devienne le patron de tous les brasseurs de Lorraine.

Non moins sérieusement, les historiens, dans le sillage de la documentation disponible, nous apprennent qu’Arnoul (Arnulfus) est né à Lay-Saint-Christophe à la fin du VIe siècle, village à une encablure orientale de Nancy. Aristocrate, il fut administrateur de comtés, et, excusez du peu, conseiller du roi mérovingien Théodebert. Soucieux d’asseoir sa position et d’assurer son avenir, il se marie à Dodda, fille elle-même d’un comte.  C’est donc fort opportunément que le peuple de Metz choisit pour évêque en 614 cet homme très influent… ce qui, sans doute, ne retire rien à la qualité de ses vertus ! Une fois sa femme placée dans un monastère trévirois comme cela se faisait alors couramment en ce genre de circonstance, et, parallèlement à sa charge d’épiscope, il continua à jouer un rôle politique de tout premier plan à une échelle que l’on dirait aujourd’hui nationale : précepteur du jeune Dagobert, puis, en 623, maire du palais, nous dirions « premier ministre » de ce dernier devenu « le bon roi Dagobert », il participe à plusieurs conciles.

Prudes, les sources révèlent qu’ensuite « voulant mener une vie plus parfaite, il se retire au Saint-Mont [Remiremont dans les Vosges] en 628 où il vécut ermite dans la prière et la pénitence jusqu’à sa mort en 640 »[5]. La vérité est plus prosaïque : sans doute connut-il quelques déboires politiques avec son ancien protégé devenu roi qui l’obligèrent à prendre des distances avec la vie du siècle[6] ! Il n’en reste pas moins que la cité de Metz, voulant tirer tous les bénéfices d’une telle aura à une époque où se diffusait le culte des reliques, récupéra le corps et le plaça dans une abbaye à l’extérieur de l’enceinte, sur son flanc Sud ; celle-ci prit à partir du début du VIIIe le patronyme de Saint-Arnoul. La crypte en fut fouillée au début de XXe siècle sous l’actuelle place Jean-Moulin. Les sarcophages qui s’y trouvaient encore avaient été vidés au XVIe siècle et leur contenu transporté, en même temps que toute la communauté monacale, dans le couvent des Prêcheurs à l’intérieur des remparts. C’est alors que ce couvent fur dénommé à son tour « Abbaye Saint-Arnoul »[7]. Saccagée à la Révolution puis transformée en école militaire, elle est dévolue aujourd’hui au cercle des officiers.

S’il était encore nécessaire d’appuyer le rôle ô combien éminent de ce prélat dans l’Histoire de notre diocèse comme dans celui de tout l’Occident, il suffirait de signaler qu’il eut, lui et son épouse évidemment, deux fils : l’un lui succédant sur le siège de Metz, l’autre, Ansegisel qui ne fut, pour le moins, que le trisaïeul du « Grand Charles »… comprenez Charlemagne !

En choisissant saint Arnoul comme saint patron, la Communauté de paroisse du Centre-ville messin choisit de raviver la mémoire d’un grand évêque qui a marqué tant l’histoire de notre cité que celle de l’Occident médiéval. Audacieuse, elle place la barre haute ! Il reste à lui souhaiter les moyens de ses ambitions.



[1] Catalogue de l’exposition Chefs-d’œuvre ?, Centre Pompidou-Metz, 2010, p. 374.

[2] Reine Hadjadj, Bagues mérovingiennes, Gaule du Nord, Editions Les Chevau-légers, 2007, pp. 218-219.

[3] Nicole Lazzarini, Contes et légendes de Lorraine, Ouest-France, 2005, pp. 187-188.

[4] Louis Pitz, Contes et légendes de Lorraine, F. Nathan, Paris, 1956, pp. 207-209.

[5] Le diocèse de Metz, sous la direction de H. Tribout de Morembert, Letouzey et Ané, Paris, 1970, pp. 15-16. Histoire des saints et de la sainteté chrétienne, Tome IV, Les voies nouvelles de la sainteté, sous la direction de P. Riché, Hachette, Paris, 1986, pp. 65-69.

[6] Histoire de France, sous la direction de J. Favier, K.-F. Werner, tome I, Les origines, Fayard, 1984, pp. 326-328.

[7] P.-E. Wagner, Trésor de Saint-Arnoul, in Le chemin des reliques, Musées de la Cour d’Or, Editions Serpenoise, Metz, 2000, pp. 17-22.

Saint Arnoul de Metz